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mardi, 21 avril 2009

Entretien d'un philosophe avec un sémiologue

DIDEROT:  "Chez une nation galante, la chose la moins sentie est la valeur d'une déclaration. L'homme et la femme n'y voient qu'un échange de jouissances."

BARTHES:  "A l'instar de ce qui se passe avec le chant, dans la profération de je-t-aime, le désir n'est ni refoulé (comme dans l'énoncé) ni reconnu (là où on ne l'attendait pas: comme dans l'énonciation), mais simplement: joui. La jouissance ne se dit pas; mais elle parle et elle dit: je-t-aime."

DIDEROT:  "Cependant que signifie ce mot si légèrement prononcé, si frivolement interprété, Je vous aime ?"

BARTHES:  "Quoique dit des milliards de fois, je-t-aime est hors-dictionnaire; c'est une figure dont la définition ne peut excéder l'intitulé."

DIDEROT:  "Il signifie réellement: "Si vous voulez me sacrifier votre innocence et vos mœurs; perdre le respect que vous vous portez à vous-même et que vous obtenez des autres; marcher les yeux baissés en société, du moins jusqu'à ce que par l'habitude du libertinage vous en ayez acquis l'effronterie; renoncer à tout état honnête, faire mourir vos parents de douleur et m'accorder un moment de plaisir, je vous en serais vraiment obligé.""

BARTHES:  "Je-t-aime n'est pas une phrase: il ne transmet pas un sens, mais s'accroche à une situation limite:"celle où le sujet est suspendu dans un rapport spéculaire à l'autre". C'est une holophrase."

DIDEROT:  "Il faut, monsieur [Barthes], tremper sa plume dans l'arc-en-ciel, et secouer sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. Il faut être plein de légèreté, de délicatesse et de grâces ; et ces qualités vous manquent. Comme le petit chien du pèlerin, à chaque fois qu'on secoue sa patte, il faut qu'il en tombe des perles, et il n'en tombe aucune de la vôtre." 

(Citations extraites de D. Diderot, Sur les femmes et de R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux)

Commentaires

Là le caractère féminin de Diderot ressort complètement, alors qu'on a l'habitude d'en faire un des philosophes français les plus virils. Diderot écrit contre le couvent alors qu'il a lui-même une morale de mère supérieure. Il a d'ailleurs enduré toute sa vie une gonzesse insupportable, sa femme, semble-t-il par pur respect des conventions.

(Barthes ? J'ai entendu Sollers à la télé en parler un jour, mais je n'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire. Il y a des types comme ça qui ne gagnent pas à être clairs.
Comme je disais à Copronyme, le public français n'a pas l'exigence avec Sollers ou Barthes qu'il peut avoir avec son boulanger ou son tripier, professions où les bonimenteurs font moins long feu.)

Écrit par : Lapinos | mardi, 21 avril 2009

Diderot semble accorder plus d'importance à sa vieille robe de chambre qu'à sa femme, en effet. Quant à Barthes, j'estime assez son agilité dans le maniement d'outils variés (linguistique, psychanalyse...). Une agilité de mécano d'élite, en somme, qui s'opère parfois au détriment de la clarté, je l'admets. Les Français, dans leur majorité, ne connaissent rien à la mécanique, et payent la facture du garagiste, même s'ils gardent en travers de la gorge la conviction de s'être fait arnaquer.

Écrit par : Marsyas | mardi, 21 avril 2009

Il faut lire "L'empire des signes" de Barthes. C'est extrêmement clair et en parfaite symbiose avec son sujet, le Japon.
Peut-être changeras-tu d'avis...

Écrit par : pradoc | mardi, 21 avril 2009

D'une manière ou d'une autre, on finit toujours par se faire arnaquer par la mécanique. Diderot lui-même qui croyait dans un certain nombre de ressorts et d'engrenages a connu pas mal de retours de manivelles éprouvants dans sa vie.

"Les mots sont morts, vivent les mots !" : voilà la constitution secrète de l'Empire des signes comme de tous les empires. L'entropie est dans l'empirisme. Diderot croyait déjà à la gloire et elle l'a possédé comme un enfant de choeur.

Écrit par : Lapinos | jeudi, 23 avril 2009

De la mère supérieure à la bonne sœur, de la bonne sœur à l'enfant de chœur: le bougre perd du galon à vue d'œil! Il est plutôt cocasse que dans votre bouche, le philosophe athée soit livré à des formes tout à fait inédites de métempsycose...

Écrit par : Marsyas | vendredi, 24 avril 2009

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