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mercredi, 29 avril 2009

Pour en finir encore et autres foirades

Il y a trois ans, je faisais le ménage dans une unité pour malades dits difficiles, derrière les hauts murs d'un établissement psychiatrique : le job d'une Danaïde au Tartare. Le matin de mon arrivée, j'avais à peine enfilé ma blouse que j'entendis : « Va chercher une brouette et une pelle. On va ramasser le purin ! » Après deux tours de clé, une porte s'ouvrit sur un homme nu recroquevillé dans sa merde - merde qui dégoulinait en longs filets depuis le lit jusqu'au carrelage. Aux murs, l'homme - que j'appellerai Tityos - avait laissé des empreintes de merde aux endroits où il avait cogné pendant toute la nuit.

Tityos passa à la douche, laissant dans son sillage une longue traînée de merde et quelques gémissements, pendant que je commençai de récolter dans ma paume gantée de latex les morceaux restés intacts de la salade niçoise qu'on lui avait mis la veille dans la bouche. Tityos, à force de rester agenouillé, vêtu d'une sempiternelle chemise d'opéré, dans un coin ou dans un autre du couloir, se frottant le cuir chevelu ou criant après une cigarette qu'on lui refusait toujours parce qu'il l'aurait mangée, avait développé, quelques mois auparavant, ce que les médecins appellent une "occlusion intestinale aiguë", c'est-à-dire "un arrêt complet du passage des matières et des gaz dans un segment de l'intestin". On m'avait raconté qu'il avait failli y passer : on n'avait pas su différencier les cris et les recroquevillements causés par la douleur des cris et des recroquevillements habituels, et il avait manqué s'étouffer avec sa merde. Il y a des grimaces de douleur qu'on prend pour des sourires.

Le médecin avait donc prescrit à Tityos, après son passage aux urgences, une solution laxative qu'on lui donnait après chaque repas. Ce qui eut pour effet d'anéantir toute sa flore intestinale et de lui faire perdre une bonne quarantaine de kilos en moins de trois mois. Il fondait à vue d'œil mais on obéissait à l'ordonnance. On avait bien essayé, une fois, sans que le médecin n'en sache rien, d'arrêter le traitement, mais une seconde occlusion ne s'était pas faite attendre, et les foudres du médecin aussitôt mis au courant elles non plus.

Dans le seul but d'éviter aux balayeurs comme moi d'avoir à savonner ses peintures rupestres tous les matins, on jugeait bon de l'attacher à son lit, sans draps ni couvertures, qu'il aurait mangés. Tityos ne reçoit de visite que celle de la coiffeuse, qui tond dix têtes en un quart d'heure. Aux dernières nouvelles, son supplice dure encore.

Commentaires

L'imbécillité vient de l'internement. En premier lieu l'imbécillité des psychiatres et psychanalystes enfermés dans leurs bouquins (les moines avant eux).

Freud ne fait que traiter de cas un peu plus graves que lui d'hystérie. Il la constate, mais ne voit pas d'où elle vient, contrairement à Aristote. Les aliénés souvent hèlent leur mère au lieu de rompre avec la matrice.

Un cinglé célèbre, qui ramène la morale au niveau génital, Frédéric Nitche : "Seule ma mère ou ma soeur auraient pu me faire renoncer à mon idée d'éternel retour."

Écrit par : Lapinos | dimanche, 03 mai 2009

Enfermés dans leur "Vidal", oui... Les psychiatres en font voir de toutes les couleurs aux malades en prescrivant des cachetons qui font le tour de la gamme chromatique, parfois en l'espace d'une seule semaine. J'ai vu des gens changer de comportement chaque jour à cause de cette satanée chimie, ou encore un homme devenir un spectre en deux ans, alors qu'il avait été admis pour dépression. Machin demande trop de café et cela importune l'équipe soignante? On va bien pouvoir trouver un médoc qui remédie à cela... Comme on en a bien trouvé un pour lui faire oublier jusqu'au nom de "Maman".

Écrit par : Marsyas | mardi, 05 mai 2009

L'éloge de la folie est profondément boche et médiéval ; hommage indirect de fils immatures à leur mère. Même quand Nitche insulte Dieu, on se demande si ce n'est pas après sa mère d'abord qu'il en a, contre la religion de sa mère qu'il se révolte.

"Par-delà bien et mal", "Dieu est mort !" = "Je ne crois plus en toi, Salope !"

On en revient à "L'Origine du Monde", qui n'est érotique qu'aux yeux de Courbet et trahit en fait le principe incestueux qui gouverne Lacan.

Les Boches ne soignent pas l'hystérie, ils la consolident de tous les côtés. Par rapport à Copronyme, plus traditionnel, je dirais que la merde psychanalytique est une merde hyper-hygiénique.

Quant au Vidal, son principe à lui n'est pas si éloigné puisqu'il est commercial.

Écrit par : Lapinos | mercredi, 06 mai 2009

Je connais des "boches", comme vous dites, qui n'y sont pas allés de main morte avec la folie. Et notamment un certain Max Nordau, le père de la notion de "dégénérescence" qui déjà annonçait les dérives qu'on sait, et contre laquelle se sont positionnés des littéraires comme V. Segalen, J-K Huysmans, les frères Goncourt ou encore Mallarmé. Ces derniers ont permis l'avènement de la psychanalyse, qui est d'abord pensée comme un contre-pouvoir, au moment où la littérature a pris en charge la question du Mal et fait parler le subconscient.

Je suis d'accord avec l'idée que la psychanalyse ne soigne pas, mais elle a, ou en tout cas elle a eu le mérite de participer à l'élaboration de la complexité humaine.

Quant à cette question de mère, je ne vois vraiment pas où vous allez la chercher, Lapinos, sinon peut-être dans les tréfonds de votre subconscient...

Écrit par : Marsyas | mercredi, 06 mai 2009

Je dis "boche" comme je pourrais dire "pollack" ou "allemand", pour englober toute la germanie. C'est là que je vois la mère, dans la terre. La morale de Freud comme celle de Nitche est génitale.

Etant astrologue, je suis porté à voir dans la psychanalyse une science occulte. Que l'hystérie est à la base de la folie, les astrologues l'ont observé depuis l'Antiquité. Généraliser les moeurs boches à l'humanité entière, voilà tout le progrès dans l'explication de la complexité humaine de Freud. Beau lapsus de votre part que de parler d'"élaboration", car de fait Freud "brode" complètement.

Là je dois dire que je réagis au quart de tour s'agissant de Freud et Nitche dont les actes de vandalisme répétés sur la peinture de la Renaissance, la mythologie grecque, le théâtre de Shakespeare (ici on peut ajouter l'étronime crétin B. Brecht) les situent dans la catégorie des iconoclastes puritains.
Rendez-vous aux Etats-Unis et vous verrez que j'ai raison. C'est un gigantesque asile d'aliénés, où l'hystérie est presque palpable, et le contraste avec le silence de la nature et du Ciel, dès que vous sortez de la ville, saisissant.

(Je n'ai même pas d'âme, tout juste un blogue, alors pour ce qui est du subconscient, croyez-bien que je me passe depuis longtemps d'un tel gadget.)

Écrit par : Lapinos | jeudi, 07 mai 2009

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