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jeudi, 18 juin 2009

Journal d'un Occidental

C'était le parking d'une zone commerciale. Je me suis garé sous un peuplier malade, à côté d'une poubelle. C'était plus commode pour jeter le reste de frites que j'avais achetées au drive, sans avoir à ouvrir ma portière. Le ciel était gris et sans éclat. Le macadam était gras, les gens rares et pressés. C'étaient d'abord des familles, allant au cinéma ou au bowling. J'ai regardé les enseignes clignoter. Des haut-parleurs diffusaient des B.O. de films d'aventure. Ça excitait les enfants qui se faisaient gronder par leurs parents. Un peu plus tard passèrent des couples de jeunes gens, avec du gel dans les cheveux et des hauts talons. J'ai pensé qu'ils allaient au cinéma.
Après eux, le parking peu à peu est devenu désert. Il n'y avait plus que le vent, qui ballottait ma voiture de droite à gauche, et des oiseaux. Un moineau s'est posé sur mon essuie-glace. Nous nous sommes regardés, puis j'ai baissé les yeux sur mon tableau de bord, et j'ai regardé le témoin rouge clignoter. J'ai appuyé mes doigts sur les graines de sésame qui étaient tombées de mon hamburger sur mon pantalon, et je les ai portées à ma bouche, pour les croquer avec mes dents de devant. Le moineau est descendu sur le macadam pour picorer du pop-corn imbibé d'eau de pluie.
Dans mon rétroviseur, j'ai vu une voiture qui faisait des allers-retours sur le parking, lentement. Je l'ai regardée longtemps. Une femme la conduisait, les deux mains sur le volant. Un bébé était assis à l'arrière. Elle a fait beaucoup d'allers-retours. Le marmot pleurait, alors j'ai pensé qu'elle faisait ça pour le bercer. J'ai pensé aussi qu'elle avait dû mettre dans son autoradio une compilation de berceuses, et beaucoup de son pour étouffer les pleurs.
Après, le cinéma a déversé un flot de spectateurs. Le vent leur arrachait des larmes, les décoiffait et leur apportait des promesses de pluie. J'ai pensé qu'à cause du vent en pleines faces, ils devaient avoir du mal à respirer. J'ai regardé les clignotants des voitures s'allumer. J'ai fumé deux cigarettes. Une petite araignée tissait sa toile sur mon rétroviseur gauche. Je l'ai regardée longtemps. Puis, j'ai chanté en yaourt le Requiem de Mozart, qui tournait dans mon autoradio. J'ai pensé qu'il était temps de rentrer.
Sur la route du retour, j'ai roulé lentement.

Commentaires

Concis. Incisif ? (tu sais déjà ce que j'en pense) .
Ailleurs décisif mais tout de même douteux...
Ici. On s'y fait. Là aussi.
Ne m'en veux pas mais je préfère le journal de Ronald à l'occidental.
Quand est-ce que le vent te ballottera et quand est-ce que tu ballotteras le vent ?
Et après, les mots ont déversés un flot de lecteurs. ça c'est du cinoche.
Quand est -ce que le vent t'arrachera ?
Ta peau, bon sang !
Les larmes aussi, c'est beau.
Je respire encore.
Bises.

Écrit par : Clément | vendredi, 19 juin 2009

L'Occident est mort, en effet, mais il reste des bébés et des moineaux.

Écrit par : Flivo | vendredi, 19 juin 2009

À Clément: Oui, les "dents de devant" s'appellent les "incisives".

À Flivo:

"Let the priest in surplice white,
That defunctive music can,
Be the death-divining swan,
Lest the requiem lack his right."

(W. Shakespeare, "The Phoenix and the Turtle")

Écrit par : Marsyas | vendredi, 19 juin 2009

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