vendredi, 31 juillet 2009
– Surprise!
- Quand cesserez-vous donc de me surprendre?
- Je vous surprendrai jusqu'à ce que vous soyez surpris de ne pas l'être.
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mardi, 28 juillet 2009
Journal d'un blogueur 5
"Le plus artiste ne sera pas de s'atteler à quelque gros œuvre, comme la fabrication d'un roman, par exemple, où l'esprit tout entier devra se plier aux exigences d'un sujet absorbant qu'il s'est imposé; mais le plus artiste sera d'écrire, par petits bonds, sur cent sujets qui surgiront à l'improviste, d'émietter pour ainsi dire sa pensée. De la sorte, rien n'est forcé. Tout a le charme du non voulu, du naturel. On ne provoque pas: on attend."
(Jules Renard, Journal, 13 septembre 1887)
21:15 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
vendredi, 24 juillet 2009
Gribouillis d'un standardiste 2
Quand je pense que mon bureau est occupé sans interruption depuis plus de cinquante ans, ça me fait le même effet que lorsque je m'assois sur la lunette encore chaude.
14:12 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 21 juillet 2009
Mon grand registre 2
J'ai rêvé que je léchais le sexe de trois femmes crucifiées sur le golgotha, sous un ciel couleur de soufre.
15:19 | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
dimanche, 19 juillet 2009
"Ladmirail reledra furvioux"
J'ai ce vieux fantasme de pouvoir entendre un jour ma langue maternelle sans la comprendre. J'ai répertorié plusieurs situations qui permettent de me rapprocher de cet état:
- La restitution par un étranger d'un français en yaourt.
- Les tout premiers instants d'un réveil au son d'une discussion à la radio.
- La lecture de textes écrits en jargon.
- La lecture de textes en carence de signes - des tissus de néologismes, tels que "Le grand combat" de Michaux ou le "Sonnet en langue inconnue" de Papillon de Lasphrise.
- La lecture de textes dans lesquels l'auteur tire la langue jusqu'au mot rare, comme chez Mallarmé ou Villiers de L'Isle-Adam. (Il s'agit ici de revenir à un état d'enfance en mordant au fruit de la connaissance une seconde fois.)
- La lecture rapide d'une liste, pendant laquelle les mots se défont peu à peu de leur signifié.
13:55 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
jeudi, 16 juillet 2009
Journal d'un blogueur 4
Il y a un mois, on m'a offert un carnet de moleskine. J'ai décidé d'y noter mes pensées d'écrivain. Mais ses pages sont toujours vierges: je n'ai pas de pensées d'écrivain. Des pensées de blogueur, ça oui. Mais des pensées d'écrivain, non.
10:36 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
samedi, 11 juillet 2009
Gribouillis d'un standardiste
Je me lève avec les poules pour ce job à l'hôpital psychiatrique. À cette heure, la brume floute l'horizon, tandis que le ciel entame son dégradé de bleu. Mes phares font scintiller l'iris des chats couchés près du fossé. J'arrive au réveil des tourterelles. Des lapins gambadent dans l'étendue d'herbe que couve une nappe de rosée fraîche. Au bord se trouve la tanière où je cumule les fonctions de commis de barrière, de concierge et de standardiste. Je pousse la porte pour relever l'employé de nuit, dont j'ai peine à distinguer les yeux cernés dans l'obscurité. Il règne dans le bureau une atmosphère de terrarium. Genre: Saisonnier. Espèce: Assis.
14:20 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 07 juillet 2009
La mort de mon chien
On s'en doutait. Elle se traînait de petit coin pour mourir en petit coin pour mourir (elle aimait se promener), et ses yeux ronds s'imprégnaient de nous (elle avait peur de la mort). La dernière lueur de vie que j'y ai vue, c'était quand son regard s'est posé sur le mur blanc de la cuisine, juste à l'endroit où était pendu un cadre de photos de nous, avant qu'on repeigne.
Les photos avaient été prises quelques années avant qu'une pleureuse aux lunettes noires me la mette dans les bras, au marché. La jeune femme nous avait raconté, entre deux cris de marchands de légumes, que celle qu'on baptiserait Kapusta (choucroute, en polonais) et qu'on appellerait avec des bruits de baiser était un cadeau de fête des Mères que sa destinataire avait boudé, et qu'elle nous la donnait parce qu'on avait l'air d'être des gens bien.
Derrière la vitre du cadre où est venu mourir au fil des ans tout un tas de bêtes d'orage (elle avait peur de l'orage), on nous voit tous les quatre, accroupis dans les herbes hautes. On sourit. Sur une autre photo, mon petit frère pleure parce qu'on l'a perché trop loin du sol, sur une grosse souche brune. Sur une autre encore, je souris, vêtu d'un blouson en jean, un foulard de cow-boy autour du cou et un bonnet à pompon rouge sur la tête. J'embrasse un gros bouquet de jacinthes sauvages. Je vais pleurer après l'avoir fait tomber.
J'écoutais la voix tragique d'une chanteuse de flamenco quand j'ai entendu ma mère crier mon nom. J'ai dévalé dans la cuisine, pour rejoindre les pleurs et les marques d'amour. Ce qu'on avait alors trop de mal à admettre comme étant déjà son cadavre accueillait les larmes qui tombaient sur ses poils avec de petits soubresauts (elle avait peur de l'eau). Ses yeux ronds et sa gueule ouverte lui donnaient des airs de chien empaillé. Un filet d'urine a coulé sur le carrelage marron. Et nos mains ont profité des dernières souplesses de sa peau.
Je l'enterrerais. Je m'en fichais de la loi. Non, ce n'était pas la loi qui m'empêcherait d'enterrer mon chien. Où? Je ne sais pas moi, à côté de la rhubarbe et du framboisier, ou bien au pied de la vigne. Je m'en fichais, je l'enterrerais, mon chien. Sylvain pourrait bien nous prêter une bêche. "Je ne laisserai pas les vers la bouffer", répétait ma mère, qui laissait les bêtes d'orage lui démanger les bras. "Le trou doit être profond d'au moins un mètre cinquante." J'ai maudit la mort et j'ai ravalé mes blasphèmes, et j'ai cédé. On la ferait incinérer. De toute façon, pour lui être fidèle jusqu'au bout, il aurait fallu l'enterrer, puis la déterrer une fois faisandée, comme elle le faisait elle. Et puis elle aimait la chaleur de la cheminée.
Quand les soupirs ont remplacé les sanglots, on a emballé son corps dans un drap à fleurs et on s'est rendus chez le véto, avec mon père. A chacun de mes pas, son corps tremblait comme la gelée à la crevette que fait ma mère (elle aimait les crevettes). Le véto a été gentil: il a écrit croisé quand on lui a dit bâtard. Le bout de ses ongles était noir de sang séché. On récupérerait les cendres, qu'on disperserait au pied du chèvrefeuille, à l'endroit où elle avait caché son os à moelle, à l'abri de la tondeuse et de la pluie.
Au retour, je me suis assis dans le jardin et j'ai levé les yeux vers un nuage en forme de cœur d'artichaut, au creux duquel j'ai rêvé un instant qu'elle aille se lover (elle aboyait après les montgolfières). Le soir, par une nuit sans lune à laquelle hurler, j'ai fumé une dernière cigarette, puis j'ai flairé une dernière fois son panier, avant de regagner mon lit avec une mélancolie aussi noire que le bout des ongles du vétérinaire. La tristesse, ça fatigue. Elle nous aimait.
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Un enterrement à Bally
Ce fut Lousse qui creusa le trou pendant que moi je tenais le chien dans mes bras. Il était lourd déjà et froid, mais il n'avait pas encore commencé à puer. Il sentait mauvais, si vous voulez, mais mauvais comme un vieux chien, pas comme un chien crevé. Lui aussi avait creusé des trous, à cet endroit même peut-être. On l'enterra tel quel, sans boîte ni enveloppe d'aucune sorte, comme un chartreux, mais avec sa laisse et son collier. Ce fut elle qui le mit dans le trou, moi je ne peux pas me pencher, ni m'agenouiller, à cause de mon infirmité, et si jamais cela m'arrive, oublieux de mon personnage, de me pencher ou de m'agenouiller, n'en croyez rien, ce ne sera pas moi, mais un autre. Le jeter dans le trou, c'est tout ce que j'aurais pu faire, et ça je l'aurais fait volontiers. Cependant je ne le fis pas. Toutes les choses qu'on ferait volontiers, oh sans enthousiasme mais volontiers, qu'il n'y a aucune raison apparemment pour ne pas faire, et qu'on ne fait pas! Ne serait-on pas libre? C'est à examiner. Mais quelle fut ma contribution à cet enterrement? Ce fut elle qui fit le trou, qui mit le chien dedans, qui combla le trou. Je ne faisais en somme qu'y assister. J'y contribuais de ma présence. Comme si ç'avait été mon enterrement à moi. Et il l'était. C'était un mélèze. C'est le seul arbre que je puisse identifier avec certitude. Curieux qu'elle ait choisi, pour enterrer son chien dessous, le seul arbre que je puisse identifier avec certitude. Les aiguilles vert d'eau sont comme de soie et parsemées, il me semble, de petits points rouges. Le chien avait des tiques aux oreilles, j'ai l'œil pour ces choses-là, elles furent enterrées avec lui. Quand elle eut fini de fossoyer elle me passa la bêche et se reccueillit. Je crus qu'elle allait pleurer, c'était le moment, mais elle rit au contraire. C'était peut-être sa façon à elle de pleurer. Ou c'était moi qui me trompais et elle pleurait réellement, avec un bruit de rigolade. Les pleurs et les ris, je ne m'y connais guère. Elle ne le verrait plus, son Teddy, qu'elle avait aimé comme un enfant.
(Samuel Beckett, Molloy, éd. de Minuit, coll. "double", p. 47-48)
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mercredi, 01 juillet 2009
Le nihilisme ou rien!
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