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mardi, 25 août 2009

Gribouillis d'un standardiste 5

Assis sur mon siège, dont j'ai enclenché la position "rocking-chair", je me balance en regardant les gens passer. C'est tous les jours le même manège. Je regarde traîner les pieds des patients, dont les corps sont désarticulés par les cachets. Et je rends leur salut aux employés qui lèvent le bras quand ils arrivent à mon niveau, comme des marionnettes dont la Politesse tirerait les fils. La plupart ne savent pas véritablement à qui ils l'adressent, leur salut, ne distinguant au mieux que mon ombre, derrière la vitre teintée. Mais je le leur rends toujours, leur salut, parce que j'ai horreur qu'on enraye l'automatisme qu'est la réponse à un bonjour.
De même, je ne sais pas dans quelle oreille va tomber mon bonjour, quand je décroche le téléphone, qui a pour sonnerie les premières mesures de Chauffeur, si t'es champion. Je joue avec les graves et les aigus de ma voix. C'est chaque fois la même mélodie, du même registre que le chant de la boulangère: "Et avec ça?" Amministrativo cantabile.
J'ai le même genre de boulot que le flic qui fait la circulation au carrefour — un pantin mécanique avec un sifflet. La seule fantaisie que je m'accorde, c'est de faire rire les jolies voix de femmes.
Aujourd'hui, c'est mon dernier jour.