Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 05 avril 2010

Un barbare au Maroc

"La langue arabe est une pompe aspirante et foulante, elle contient des h d'aller et retour, que seuls la rogne et le désir de refouler l'adversaire et ses propres tentations ont pu inventer.
Son écriture est une flèche. Tous les alphabets se composent d'une lettre occupant une superficie soit par des traits qui se coupent (chinois), soit des traits enveloppants (l'hébreu, le sanscrit, le mexicain, etc.). L'écriture arabe, elle, n'est qu'un trajet, une ligne faite de lignes. Dans l'écriture ornée, elle va toutes flèches bien droites, que de temps à autre un accent traverse et sabre. Cette écriture, véritable sténographie, est quatre fois plus rapide que l'écriture latine (les Turcs qui viennent de changer leur alphabet l'ont appris à leurs dépens).
Les voyelles ne comptent pas, mais les consonnes seules; les voyelles sont le fruit et le plaisir mauvais. On ne les note pas, on les escamote et on les prononce toutes à peu près comme des e muets, lettre de cendre qu'on a gardée parce qu'il n'y a pas eu moyen de l'effacer.
Les consonnes donc font tout le travail. Les consonnes, il n'y a rien à dire contre elles, c'est le dépouillement.
L'Arabe est noble, net, coléreux.
L'apologue arabe est tellement déblayé, qu'il n'y a plus rien, qu'une espèce de tension, un mot juste, une situation lapidaire... Brèves sentences, bref éclat.
L'apologue est pressé."

(Henri Michaux, "Un barbare en Inde", in Un barbare en Asie)