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jeudi, 24 juin 2010

Le symphonium du Christ

Le bedeau m’invita à le suivre, d’un geste discret. Nous montâmes lentement et en silence l’escalier qui menait au sommet du clocher. Il faisait nuit et je ne parvenais à distinguer, pendant l’ascension, que ce que j’avais directement sous les yeux: les vagues contours du derrière de mon guide. Le manque de lumière avait effacé la troisième dimension. J’avais sous le nez un cul plat, un cul béni en deux dimensions. On m’a dit un jour que c’est de cette manière que les chevaux voient le monde.
Arrivé sous les cloches, le bedeau alluma une bougie et attrapa une perche télescopique qui était crochetée à l’une de ses extrémités. Il la déplia dans le puits noir que l’ouverture d’une trappe avait fait apparaître. Dépliée complètement, la perche devait bien mesurer la longueur du clocher. Après avoir sèchement refusé mon aide, il la replia dans des efforts que je pouvais lire dans ses grimaces.
Au bout du crochet pendait une petite châsse en bois foncé, qu’il dépoussiéra avec le bout de sa manche. Il l’ouvrit délicatement, et en éclaira l’intérieur avec la flamme de la bougie. « C’est le symphonium du Christ », me dit-il d’une voix ensommeillée.
Cela n’avait rien à voir avec l’homonyme que je lui découvrirais plus tard, dans des recherches sur Internet, et que l’on présente comme étant un des ancêtres de l’accordéon. Non, ce que je voyais là, protégé par du velours rouge, c’était une couronne en cuir marron, trouée sept fois, pliée et aplatie comme une couronne de galette des Rois. Le bedeau m'apprit que le Christ se l’était confectionnée lui-même pour un bal costumé qui s’était tenu dans nos contrées. Je n’eus pas le droit de toucher, et dus promettre de ne jamais en parler.