mardi, 02 juin 2009

Propos tenus devant mon miroir

Je n'inspire pas confiance. Au mieux, j'intrigue.

vendredi, 29 mai 2009

Myth(étym)ologie

À l'origine, le tabou était une langue secrète de Polynésie, dont il ne nous est demeuré que le nom.

lundi, 25 mai 2009

Journal d'un blogueur 2

Un ami m'a envoyé l'e-mail suivant:

"Y'a pas pire qu'un blog. Y'a pas pire que de tenir un blog.
J'en profite tant que la bière, une fois de plus, m'emporte.
Demain, je serai sobre et tout sera à recommencer.
Y'a pas pire qu'un blog dit-il en toute lucidité.
Malheur ! Mon ami, toi qui as tant de qualités pour résister.

Je t'embrasse en creusant le creux de ta joue.
Y'a pas pire, dit-il avant de vomir."

jeudi, 21 mai 2009

Variations sur une biographie

Il naissait, naissait, naissait
Il naquit et vivait, vivait, vivait
Il naquit, vécut et mourait, mourait, mourait
Il naquit, vécut et mourut.

Il naissait, naissait, naissait
Et naquit
Il vivait, vivait, vivait
Et vécut
Il mourait, mourait, mourait
Et mourut.

Il naissait, il naissait, il naissait
Et naissant il naquit
Il vivait, il vivait, il vivait
Et vivant il vécut
Il mourait, il mourait, il mourait
Et mourant il mourut.

lundi, 18 mai 2009

Jazz-Club

Le Jazz-Club de Dunkerque est un endroit charmant. C'est une ancienne salle de cinéma, dont les murs, tapissés de moquette bleu nuit, sont envahis de photographies en noir et blanc - les trophées amassés par la taulière, qui jadis fut la muse des plus grands musiciens.

On y croise beaucoup de bourgeois, les seuls en chemises blanches, qui se piquent de musique d'initiés et qui dodelinent gravement de la tête à chaque fois qu'ils détectent une dissonance. On doute qu'ils soient venus pour écouter les cuivres couiner comme les poutres d'une vieille mansarde malmenée par le vent. Le nez monopolisé par l'entêtant parfum de leurs épouses endimanchées, ils ne sentent pas les effluves d'interdit dont le jazz est encore empreint. Ils boudent, parce qu'elles leur donnent mal au cœur, les odeurs de clou de girofle et de gingembre des bières brunes que le petit bar vend bon marché, se plaignent de la température de la salle auprès de leurs voisins, et n'applaudissent avec enthousiasme que la qualité de l'acoustique.

Je trouve dans les concerts de jazz quelque chose de particulièrement social. La scène est le cercle où se jouent des amitiés, des duels, des mises à l'épreuve et des dialogues. Et puis le jazz  est une musique pleine d'humour, qui manque rarement de m'arracher de francs sourires.

Sous leurs airs d'enfants sages, les musiciens que j'ai eu la joie d'écouter vendredi cachaient une fougue explosive. Le saxophoniste avait l'air de charmer son micro et on pouvait déjà lire dans ses fantastiques grimaces les incongruités mélodiques qu'il réservait dans un coin de sa joue pour la prochaine mesure. Le guitariste versait dans le rock'n'roll, mais ne semblait pas vraiment l'assumer, peut-être à cause de sa calvitie précoce (le rock a pas mal à voir avec les cheveux). Le percussionniste jouait avec le public, lequel s'est montré réactif malgré sa moyenne d'âge. Et le contrebassiste, bienveillant, souriait de tout ce bonheur.

Tous s'étaient entendus pour interpréter de façon inouïe l'air de « Joyeux anniversaire » au milieu du concert, pour lui souhaiter à la vieille muse, dont la petite larme m'a ému.

vendredi, 15 mai 2009

"Era en Megara, arrabal de Cartago..."

Un détroit sépare l'imaginaire de Victor Hugo de celui de Gustave Flaubert. Le premier disait qu'il avait été un "futur poète espagnol" - la langue espagnole, langue de son enfance, étant "faite pour [sa] voix"; le second écrivait en boubou.

mercredi, 13 mai 2009

Note d'apothicaire

Quand on voit, d'un côté, le nombre d'articles que les hebdomadaires consacrent aux dangers du cannabis et que, de l'autre, seul Voici zoome sur la trace blanche qu'a laissée la cocaïne sous la narine de Carla Bruni-Sarkozy, on se dit que la valeur du budget du Ministère de l'Ecologie et du Développement durable n'est pas près d'excéder celle des sommes allouées à l'industrie pétrochimique.

lundi, 11 mai 2009

"Cela manque de galbe et de couleur"

"Ie cuyde, messire, que nous avons dégénéré! A la bonne époque de Loys onzième, voire de Benjamin Constant, il y avait plus de mutinerie parmi les escholiers. Ie les treuve pacifiques comme moutons, bêtes comme cornichons, et idoines à estre épiciers, Pasque-Dieu! Et voilà ce qu'on appelle la Jeunesse des écoles!"

(G. Flaubert, L'Education sentimentale)

Cote de Duras

Marguerite Duras a avoué avoir écrit beaucoup de ses livres en état d'ivresse. Tous les symptômes y sont, de la grandiloquence au hoquet - ou retour à la ligne intempestif. On peut déplorer qu'en outre, elle ait eu le vin triste: ses œuvres manquent cruellement d'humour. (Le Pseudo-Aristote s'est servi du vin pour circonscrire l'homme de génie, je m'en sers à mon tour pour dégueuler sur le pseudo-génie.)

vendredi, 08 mai 2009

Littérature vs Kick boxing

L'autre jour, j'ai affronté un féru de kick boxing dans un jeu de combat, sur console de jeux vidéo. J'ai eu beau jouer des deux poings, brusquer, voltiger et vibrionner, enchaîner ripostes et parades, culbutes et cabrioles, marteler et esquiver ; j'ai chancelé, puis ployé sous les semi-uppercuts, hook-kicks, half-swings, sweepings, crescent-kicks, rising knee-strikes, overhands et autres jump-punches.
Et alors que je montrais tous les signes de la défaite, voici que mon vainqueur m'a sommé de prêter l'oreille aux paroles de victoire de son personnage: « Un bon coup de poing vaut bien mieux qu'une centaine de mots. » Et lui de m'achever, en tirant la langue: « Toi, ton truc, c'est la littérature, c'est ça? » J'ai avalé la mienne.