mercredi, 22 avril 2009
Bafouillages et montage de bourrichon
Vu, à la télévision, deux personnalités de la sphère artistique à qui on avait donné cinquante-deux minutes pour qu'elles mettent leur bêtise en abîme, au Centre Pompidou.
Devant une toile futuriste:
"- Tu ne trouves pas qu'on dirait l'espace? C'est ce que je me suis dit la première fois. Il n'y a rien sur Terre qui ressemble à ça. Même les motifs circulaires et le tourbillon... Ça pourrait avoir un lien avec la forme des planètes, non?
- Autrefois, dans les campagnes, les villages français étaient construits en rond pour empêcher le vent d'entrer. Ça faisait comme un cercle. Alors ça m'évoque plutôt la campagne française, juste après la moisson.
- Oui mais où trouve-t-on toutes ces couleurs? Dans l'espace, par exemple.
- Oui."
Devant une installation vidéo:
"- Une des ampoules tente de séduire l'autre. Elle essaye de voir par quel moyen y parvenir.
- Avec cette lumière et ces trois écrans ça fait très organique.
- Au bout d'un moment on ne voit plus trop l'ampoule. On voit...
- Comme une graine. Et il y a une sorte de fluide.
- Tu vois cette petite lueur? C'est presque spirituel, comme une peinture romaine. Tout autour, il y a cette lumière. Comme un halo.
- Un halo, oui."
Les deux imbéciles se sont quittés après avoir trinqué "à la rotondité de l'espace".
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mardi, 21 avril 2009
Entretien d'un philosophe avec un sémiologue
DIDEROT: "Chez une nation galante, la chose la moins sentie est la valeur d'une déclaration. L'homme et la femme n'y voient qu'un échange de jouissances."
BARTHES: "A l'instar de ce qui se passe avec le chant, dans la profération de je-t-aime, le désir n'est ni refoulé (comme dans l'énoncé) ni reconnu (là où on ne l'attendait pas: comme dans l'énonciation), mais simplement: joui. La jouissance ne se dit pas; mais elle parle et elle dit: je-t-aime."
DIDEROT: "Cependant que signifie ce mot si légèrement prononcé, si frivolement interprété, Je vous aime ?"
BARTHES: "Quoique dit des milliards de fois, je-t-aime est hors-dictionnaire; c'est une figure dont la définition ne peut excéder l'intitulé."
DIDEROT: "Il signifie réellement: "Si vous voulez me sacrifier votre innocence et vos mœurs; perdre le respect que vous vous portez à vous-même et que vous obtenez des autres; marcher les yeux baissés en société, du moins jusqu'à ce que par l'habitude du libertinage vous en ayez acquis l'effronterie; renoncer à tout état honnête, faire mourir vos parents de douleur et m'accorder un moment de plaisir, je vous en serais vraiment obligé.""
BARTHES: "Je-t-aime n'est pas une phrase: il ne transmet pas un sens, mais s'accroche à une situation limite:"celle où le sujet est suspendu dans un rapport spéculaire à l'autre". C'est une holophrase."
DIDEROT: "Il faut, monsieur [Barthes], tremper sa plume dans l'arc-en-ciel, et secouer sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. Il faut être plein de légèreté, de délicatesse et de grâces ; et ces qualités vous manquent. Comme le petit chien du pèlerin, à chaque fois qu'on secoue sa patte, il faut qu'il en tombe des perles, et il n'en tombe aucune de la vôtre."
(Citations extraites de D. Diderot, Sur les femmes et de R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux)
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"Copie-moi cela, lui dirais-je, copie-moi cela encore."
Décidément, ce bon Diderot gagne à être relu. Quelle compagnie agréable, en effet, que celle de cet homme qui cite volontiers Montaigne, qui traite de la question de Dieu avec la raison, et de celle des femmes avec le cœur! Il a ce ton amical et non dénué de douce insolence, et sa bonhomie aurait pu être mise en bocal au Musée de l'Homme en guise d'échantillon universel. Barbey d'Aurevilly, qui ne l'aimait guère, disait de lui qu'il bavardait davantage ses livres qu'il ne les écrivait. C'est justement là ce qui fait la force du bonhomme, dont les dialogues sont aussi achevés et drôles que ceux d'un Cervantès. Je relis avec plaisir ses Salons, écrits sur le pouce dans le style léger de la gazette; et je m'arrête un instant, étourdi par la fulgurance du commentaire de La Raie dépouillée de Chardin (Salon de 1763): c'est là la première fois qu'on a pensé l'image.
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lundi, 20 avril 2009
Trinité
""C'est Dieu qui fait mourir Dieu pour apaiser Dieu" est un mot excellent de La Hontan. Il résulte moins d'évidence de cent volumes in-folio, écrits pour ou contre le christianisme, que du ridicule de ces deux lignes." est une des Pensées philosophiques de Diderot. Il résulte davantage de bon-sens de la modestie de ces trois lignes, que de mille notes de blogs, écrites pour ou contre l'athéisme.
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Mon grand registre
Si j'étais Dieu, je passerais mon éternité à dire "Voilà".
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dimanche, 19 avril 2009
God Save Madame le maire
La visite semestrielle des Anglais dont le village a été jumelé au nôtre il y a un an ou deux donne lieu à des sursauts de patriotisme engourdi. Les drapeaux tricolores fraîchement repassés sont placés dans les réceptacles ad hoc, au balcon de l'Hôtel de ville de style R.D.A. On bombe le torse lors de l'interprétation des hymnes nationaux par l'harmonie municipale, pour réprimer le hoquet importun survenu après l'absorption du mauvais rosé du pot d'accueil. Et on lance des sourires crispés en direction de l'envoyé spécial de l'association de photographes amateurs. "Cheese" et "ouistiti". On retrouvera les clichés dans la propagande locale - imprimée sur papier glacé - qu'on feuillettera au bar-tabac, en s'amusant de l'omniprésence de la margoulette de Madame le maire sur chacune des pages du bulletin d'informations. La discussion bifurquera sur son cocu de mari, lequel, mauvais médecin, s'enorgueillit de rouler dans la plus belle voiture de la commune.
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Dessous Des Cartes
"On ne peut souhaiter aux magiciens pire public qu'un public de Français.", m'a confié l'un des leurs, qui officie en close-up. La faute, selon lui, aux relents de cartésianisme qui rendent périlleux tout tour de cartes. "Le jeu est truqué!", s'accorde-t-on à dire, lorsqu'à la fin de ce qu'on s'accorde à nommer l'entourloupe, personne n'est parvenu à en démêler les ficelles. "Les Anglo-Saxons, eux, sont bon public et ont la culture du pourboire."
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samedi, 18 avril 2009
Berceau de l'humanité
Enfant, quand je demandais à mon père à quoi il pensait, il me répondait "À l'Afrique."
00:20 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Tortuosités
L'air grimaçant que prennent les enfants lorsqu'ils sont confrontés à des syntaxes sinueuses m'amuse. Dernièrement, la grimace de G., cinq ans, après qu'il m'eut demandé, à court d'idées, à quoi on pouvait bien jouer, et que je lui eus répondu: "On peut jouer à faire semblant de jouer."
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vendredi, 17 avril 2009
Premières loges
Le parfum fruité de la comédienne disparue côté jardin...
13:49 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


